• Stéphane Turgeon

Eraserhead : beau comme une femme joufflue chantant dans un calorifère



Avec l’automne bien amorcé et les nuits qui s’allongent, revoir des classiques du cinéma insolite et horrifique s'impose. Et Eraserhead fait définitivement partie de ces incontournables objets !


Cauchemar feutré, voyage déroutant au cœur d’un univers étrange, aucun autre film avant celui-là n’avait évoqué avec une telle acuité le monde obscur et fascinant de l'onirisme. Jean Cocteau, Luis Bunuel et une poignée de surréalistes s’étaient baignés à cette source, mais c’est David Lynch qui a su plonger profondément dans les eaux du rêve. 


Peintre de formation, Lynch se mit au cinéma par simple désir de faire bouger ses peintures. Il développa par la suite l’ambition artistique de « créer des mondes et de les explorer. » Touche-à-tout de génie, il a patiemment conçu et réalisé ce premier long métrage dans ses moindres détails sur une période de cinq ans, le tout avec un minuscule budget de 100 000$, l'équipement cinématographique et les locaux de l’American Film Institute ainsi que d'une petite équipe d'artisans dévoués. 





Mais qu’en est-il du sujet ? En gros, c’est l’histoire d’un chômeur vivant dans une sinistre ville industrielle qui, suite à l'accouchement-surprise de sa petite amie névrosée, doit partager son minuscule appartement avec celle-ci et un affreux bébé prématuré. Mais là n’est que la ligne narrative générale de l’histoire, car la trame du récit emprunte bien des détours. Le sens de l’œuvre est ouvert à mille et une interprétations, et le ton dérive du merveilleux au grotesque, de l'humour absurde à l'horreur la plus glauque.


Bien que Eraserhead ait été réalisé dans des conditions artisanales, les qualités techniques du film impressionnent énormément : un  grand soin a été apporté aux éclairages et à la conception d’une trame sonore très riche. Il en résulte un film qui séduit les sens et provoque de pénétrants affects : le noir et blanc très contrasté met en relief toutes les textures de cet univers fascinant, et les atmosphères troubles, évoquées par une trame sonore lancinante, aspirent littéralement le spectateur.  Les effets spéciaux sont également très réussis. En particulier, ce monstrueux bébé prématuré,  sorte d’embryon grotesque emmailloté dans ses langes, suintant et vagissant sans arrêt.




À sa sortie initiale, en 1977, le film ne rencontra aucun succès. Mais un distributeur avec beaucoup de flair, Ben Barenholtz, mis la main sur Eraserhead et eut l’idée de le présenter lors de séances de minuit. Le film gagna en popularité et atteindra rapidement le statut de film-culte. 


Une chose est certaine, ce film marque profondément la mémoire de ceux qui osent s'y plonger.


À voir et revoir, la nuit, et le son au maximum. 


Et bons rêves !

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