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  • Stéphane Turgeon

The Whale ou comment faire un film sur mesure pour les Oscars


Disons-le en partant, The Whale n'est pas un mauvais film, loin de là. Les personnages sont intéressants et complexes, les acteurs qui les interprètent y mettent leurs tripes, et l'histoire que ça raconte n'est pas mauvaise. C'est celle de Charlie, un professeur de littérature qui donne des cours à distance et se meure dans son appartement dû à un très grave problème d'obésité. Il sait que ses jours sont comptés, et il tente de renouer avec sa fille qu'il a délaissé il y a huit ans.


Le hic, c'est que ça sent le théâtre à plein nez. Pas surprenant, c'est l'adaptation d'une pièce à succès. À la défense du film, on peut dire que c'est tout de même logique qu'un homme qui pèse plus de 600 livres ne puisse se déplacer et demeure dans le même lieu, son appartement sombre, tout au long du film. Mais cet enfermement (de près de deux heures) devient vite lassant. Le spectacle de la décrépitude physique de cet homme se révèle rapidement accablant. Et tous ces gens qui passent visiter le mourant, qui ont des compte à régler ou quelque chose à apprendre, on a vu ça des milliers de fois sur les planches.


Mais pourtant, c'est du Darren Aronofsky (Requiem for a Dream, The Wrestler, The Black Swan) tout craché. Comme dans tous ses films, le protagoniste souffre de sa condition et des conséquences de ses choix tout en les assumant. Et il tente de se racheter auprès des gens qu'il a fait souffrir. En cela, ce n'est pas un film malhonnête, ce qui aurait été tout de même ironique quand le propos est justement de placer l'authenticité au sommet des qualités humaines.


En se détachant progressivement de ce film, on se met à y analyser la surface. On se dit qu'il a de bonne chance de gagner l'Oscar du meilleur acteur ce Brendan Fraser métamorphosé et handicapé, des choses qui impressionnent grandement les membres de l'Academy Awards.


Et avec ce scénario théâtral truffé de références à Moby Dick, un grand classique de la littérature américaine, le film gagne un vernis de respectabilité et de prestige des oeuvres prisés aux Oscars. On y fait aussi l'apologie d'un homme physiquement monstrueux, mais doté d'une belle âme, vous savez, ce genre de film hautement édifiant. Rajoutez un peu de violon et des larmes pendant le climax, et vous voilà sérieusement dans la course aux honneurs.


Tout ceci sans compter sur la distribution en salle à la fin de l'année, stratégie s'appuyant sur la mémoire à court terme des votants.


À voir, mais sans trop se faire d'attentes.





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